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1907-2007

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Un peu d’histoire...


Dans la constellation des Instituts ou Centres Culturels Français en activité de par le monde, l’Institut Français d’Athènes occupe une place si singulière qu’il a souhaité à fêter à deux reprises son cinquantenaire, en 1957 d’abord, en 1988 ensuite ! Dissipons donc, tout d’abord, à l’intention des amis de longue date de l’ IFA, un malentendu : quand en 1988, l’établissement a cru fêter son cinquantenaire, il avait manifestement décidé de se rajeunir. Cette année-là, en effet, ce n’est pas l’anniversaire de la création de l’établissement qu’il s’agissait de commémorer mais plutôt les cinquante années d’existence de l’accord ( « symphonia » en grec, bien plus expressif !) culturel franco-grec qu’une République et une Monarchie avaient décidé de signer par le truchement du Ministre des Affaires étrangères Metaxas et de l’Ambassadeur Cosme et qui consacrait le rôle éminent de l’Ecole Française d’Athènes et de l’Institut Français d’Athènes dans les échanges culturels bilatéraux. Quant à ce qui aurait dû marquer le vrai cinquantenaire, un différend entre l’Ambassadeur d’alors et le Directeur de l’Institut empêcha qu’on le célébrât dignement. Considérons donc que 1988 a tenu lieu d’épreuve de rattrapage !

L’IFA, qui est, en fait, le fruit des amours entre l’EFA, elle-même créée quelque 60 ans plus tôt, et la Grèce et a vu officiellement le jour à l’automne de l’année 1907 sous le nom d’ « Ecole primaire pour l’enseignement du français » - à l’intention exclusive des garçons ! - pour s’appeler ensuite successivement « Ecole Giffard », « Institut d’Etudes Françaises » puis « Institut Français d’Athènes ».

Peut-on parler de cet établissement et de son développement sans en mentionner spontanément la figure emblématique voire la statue du commandeur, Octave Merlier ? l’ouverture de 31 annexes, c’est Merlier, la création des ‘Archives Musicales de Folklore’ et du ‘Centre d’Etudes sur l’Asie Mineure’, c’est encore Merlier – et son épouse Melpo- , le ‘Centre de Bibiographie Hellénique’ puis l’atelier d’imprimerie, c’est toujours Merlier. Dans le domaine de l’enseignement du français, on pourrait rappeler la création, en 1930, du « Cours spécial de formation au professorat de français » qui confiait à l’IFA la mission de formation des enseignants grecs de français, en liaison avec l’Université d’Athènes.

Quand, accompagné de Melpo, il foule le sol grec pour la première fois, le 4 janvier 1925 pour rejoindre l’Ecole Giffard, sa nouvelle affectation, Octave Merlier peut-il imaginer dans quelle entreprise il se lance ? a-t-il déjà l’idée, au moment de prendre ses fonctions dans un établissement comprenant 4 professeurs – mais déjà 400 élèves – de faire de cette école l’Institut aux 30 annexes qu’elle deviendra ultérieurement et que chaque Grec connaissait ? pressent-il le rôle que cet établissement jouera aux heures les plus douloureuses de la Grèce, pendant la seconde guerre mondiale, durant la guerre civile et, plus tard, à l’époque de la dictature des Colonels ? on notera que c’est sous l’impulsion de Merlier que les premiers boursiers grecs du Gouvernement français, au nombre de 120, partirent en France, fin décembre 1945.

Merlier a su faire de l’Institut Français d’Athènes le lieu et l’instrument privilégié des échanges franco-hélléniques, comme le rappelle son fidèle adjoint Roger Milliex, dans une allocution prononcée fin janvier 1950, à l’occasion d’une fête organisée pour célébrer la 25 ème année d’exercice de Merlier à l’Institut. « Faire connaître la France en Grèce mais aussi la Grèce en France », telle aurait pu être la devise de ces deux visionnaires que furent Merlier et Milliex. La meilleure illustration de cette profession de foi fut peut-être la publication du « Bulletin Bibliographique Héllénique », premier ouvrage de ce type en langue étrangère conçu pour promouvoir la vie culturelle et intellectuelle grecque.

Mais si l’Institut jouit en Grèce d’une notoriété que peu d’établissements du même type dans le monde connaissent, c’est aussi parce qu’il fut étroitement associé à des moments historiques déterminants pour la Grèce et au cours desquels il se rangea systématiquement du côté du peuple grec et du combat que celui-ci a dû mener. Sait-on que Merlier engagea une correspondance avec le Général De Gaulle dès 1940 et qu’il dut résister aux manœuvres des représentants de Vichy en Grèce pour éviter que l’IFA ne fût réquisitionné ? qu’il fit creuser dans la cour de l’établissement un abri pour la protection de près de 300 étudiants ? qu’il fut finalement rappelé en France où on l’assigna en résidence surveillée de 1941 à 1944 mais où il continua d’écrire et de publier, en particulier la traduction des poèmes de Sikelianos qu’il fit précéder d’une introduction dédiée « aux défenseurs de toutes les Salamines » ? Au même moment, Roger Milliex s’engageait dans les rangs de l’EAM (le plus important mouvement de résistance grec) et sauvait de la mort ou de la déportation plusieurs grecs. Milliex fut éloigné de Grèce à son tour, pendant la guerre civile. Ce bref rappel peut-être résumé par cet extrait d’une Note de Merlier de 1957 : « La formule de l’Institut Français d’Athènes ne correspond et ne saurait correspondre à celle de nos Instituts dans les grands pays d’Europe et d’Amérique. Elle nous a été dictée par les conditions de la grèce, petit pays par le nombre, s’il est grand par son passé, dont la vie libre,qui ne date que de quelque 135 ans, a connu de terribles désastres comme celui de 1922 ou la famine et la ruine des années d’une triple occupation, entre 1941 et 1944 ».

Plus tard, durant les années de plomb imposées par les Colonels , l’Institut Français eut à nouveau l’occasion de manifester sa solidarité avec la Grèce en contribuant à faciliter l’accueil en France d’intellectuels ou d’artistes comme Mikis Theodorakis, Georges Vlachos, Vassilis Vassilikos et Melina Mercouri. De nombreux étudiats grecs trouvèrent également refuge en France et furent, par la suite, des les plus fervents promoteurs de la relation franco-héllénique.

L’Institut fut ainsi régulièrement perçu comme un espace de liberté et de résistance à toute forme d’oppression, ce qui lui conféra un prestige qu’il n’escomptait sans doute pas obtenir initialement et qui s’affirma grâce aux nombreuses activités qu’il conduisit tout au long de son existence. Cette notoriété lui valut, en particulier, la visite des plus éminentes personnalités grecques ou françaises : le Roi et la Reine de Grèce, le Ministre Constantin Tsatsos, Albert Camus, le Général De Gaulle, André Malraux, le Président Mitterand, Melina Mercouri.

Enseignement du français, conférences, expositions, représentations théâtrales, projections de films, invitations d’auteurs et activités de traduction concoururent, les années suivantes, à faire de l’Institut un lieu emblématique de la présence française et des échanges franco-hélléniques, que de nombreux Grecs appellent encore aujourd’hui « Academia » et qui sut résister aux fortes évolutions que la Grèce connut pendant la décennie 1950-1960. Merlier parti, la nécessité d’adapter l’établissement aux contraintes de son temps apparut néanmoins très rapidement et conduisit les différents successeurs à recourir à des méthodes de gestion plus rigoureuses et à tenir compte de la priorité progressivement accordée aux missions de coopération sur celles relevant de la stricte diffusion de la culture française, mouvement qui s’amplifia en 1974 avec le retour de la démocratie en Grèce. Certains virent là le passage regrettable de l’ère du romantisme à l’ère du pragmatisme et l’abandon de toute relation « sentimentale ». Fini l’apostolat des Merlier et Milliex, voici venu le « nouveau directeur », gestionnaire avant tout ! cette vue des choses est naturellement caricaturale mais comprend un fond de réalité qui s’est durement exprimé au cours des années 1997-2001 quand plus de 25 annexes furent fermées, geste très mal compris de nos amis grecs et qui aurait pu être fatal pour les relations culturelles entre les deux pays. Mais l’Institut a su franchir ce cap difficile et reprendre sa route vers des horizons que l’on souhaite très heureux./.

Alain FOHR CONSEILLER DE COOPERATION ET D’ACTION CULTURELLE DIRECTEUR DE L’IFA

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